Photo d'une pie d'Amérique (Pica hudsonia) par USFWS Mountain-Prairie

Les maladies aviaires constituent un sujet important en approche Une seule santé. La salmonellose, la coccidiose, l’influenza aviaire et le virus du Nil occidental, pour n’en nommer que quelques-unes, sont bien connus pour leur potentiel à causer des maladies importantes chez les oiseaux, ainsi que d’autres espèces animales, en plus de pouvoir potentiellement affecter la production alimentaire et, dans certains cas, être zoonotiques. Dans ce contexte, un groupe de pathogènes est peut-être moins connu, mais pourrait tout de même représenter une menace pour les oiseaux domestiques et certains oiseaux sauvages : avez-vous déjà entendu parler des orthoréovirus?

Les orthoréovirus sont bien connus dans la production avicole comme pathogènes résistants dans l’environnement, pouvant entraîner diverses manifestations cliniques selon la souche. La présentation la plus connue chez la volaille est associée à une maladie articulaire, qui nuit à la mobilité et peut réduire la production d’œufs et de viande. Des vaccins peuvent protéger contre les souches classiques du virus, mais la protection croisée est limitée, et de nouveaux vaccins doivent être créés pour les nouvelles souches qui émergent. Cette maladie préoccupe donc particulièrement les aviculteurs. Les oiseaux domestiques ne sont pas les seuls à y être sensibles, certains oiseaux sauvages sont également touchés par des orthoréovirus, et les corvidés semblent particulièrement sensibles.

Nous avons recensé au moins quatre cas associés aux orthoréovirus chez des corvidés (trois corneilles et une pie), diagnostiqués en 2021, 2022, 2023 et 2026. Ces spécimens ont été soumis pour évaluation postmortem dans le cadre de notre programme de surveillance des maladies de la faune. Ils ont fait l’objet d’une autopsie durant laquelle une évaluation macroscopique, ainsi qu’un prélèvement de tissus pour l’histopathologie ont été effectués.

Il s’agissait d’oiseaux juvéniles en état corporel passable à mauvais. À l’occasion, des lésions du tractus gastro-intestinal (comme des tonsilles cæcales rougies présentant une surface séreuse congestionnée) étaient également visibles macroscopiquement. Sur le plan microscopique, les lésions du tractus gastro-intestinal étaient plus marquées, incluant (sans s’y limiter) ce que nos pathologistes appellent une entérocolite fibrino-nécrosante et hémorragique multifocale, avec nécrose sévère et aiguë des cryptes, ulcération et sérosite. Certains présentaient également des signes d’infections secondaires. Des échantillons de tissus ont été soumis pour des tests de PCR, et l’Orthoreovirus a été détecté dans les quatre cas.

Fait intéressant, ces mortalités sont survenues entre la fin août et la fin septembre, même si l’orthoréovirus des corvidés est surtout connu pour causer des mortalités hivernales à grande échelle chez les corneilles. Comme la maladie se transmet par voie féco-orale, elle se propage facilement lorsque les corneilles se rassemblent dans des dortoirs communautaires en hiver. Toutefois, d’autres observations indiquent que la maladie ne présente pas de caractère saisonnier marqué. Nous n’avons confirmé aucune mortalité hivernale à grande échelle chez les corvidés causée par des orthoréovirus en Saskatchewan, bien que d’autres centres régionaux du RCSF (Réseau canadien pour la santé de la faune) aient identifié l’Orthoreovirus comme en étant la cause de ce type de mortalité , également : https://healthywildlife.ca/suivi-des-causes-de-mortalite-chez-les-corneilles-damerique-au-quebec-2022-a-2024/

Des orthoréovirus ont été isolés chez d’autres espèces d’oiseaux sauvages sans signe clinique significatif, ce qui rend d’autant plus intéressante la sensibilité apparente des corneilles à une souche de ce pathogène. Les orthoréovirus peuvent évoluer (ou se réassortir) relativement rapidement, ce qui explique pourquoi ils ont causé des maladies chez des oiseaux domestiques pourtant déjà vaccinés contre les souches classiques du virus.

Bien qu’il n’existe aucun risque connu de transmission du virus aux humains ou à d’autres animaux, son impact sur la production avicole touche indirectement les humains en affectant la production alimentaire. Il s’agit d’un excellent exemple d’une maladie de la faune encore mal comprise, causée par un pathogène pouvant avoir un impact important sur la faune, avec des liens à la production animale et, indirectement, au bien-être humain, et c’est précisément cela, l’approche Une seule santé.

Rédigé par Beatriz Garcia de Sousa

Références :

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Kalupahana, A. W. (2017). Characterization of orthoreoviruses isolated from American crow (Corvus brachyrhynchos) winter mortality events in eastern Canada. Charlottetown, PE: University of Prince Edward Island.

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