Suite à la détection des protozoaires Toxoplasma gondii et Sarcocystis neurona chez des mammifères marins échoués présentant des degrés variables de méningo-encéphalite, les chercheurs ont redoublé d’efforts afin d’évaluer la présence possible d’un autre protozoaire terrestre, Neospora caninum. Les analyses sérologiques ont permis de détecter des anticorps contre N. caninum chez plusieurs espèces de mammifères marins, notamment les morses, les loutres de mer, les phoques communs, les otaries de Steller, les otaries de Californie, les phoques annelés, les phoques rubanés, les phoques tachetés, les phoques barbus, les otaries à fourrure de Guadalupe, les éléphants de mer du Nord, les dugongs, les dauphins à gros nez, les orques, les globicéphales noirs et les ours blancs ; toutefois, aucun cas confirmé d’infection n’avait été signalé auparavant. Ces espèces de mammifères marins sont des sentinelles du  transfert potentiel d’agents pathogènes de la terre vers la mer, également appelés « polluagènes ».

Dans le cadre d’une étude sur les protozoaires chez les mammifères marins échoués le long de la côte ouest des États-Unis et du Canada, des analyses par immunohistochimie et par amplification en chaîne par polymérase (PCR) suivie de séquençage de l’ADN ont été utilisées pour rechercher N. caninum. Une infection par ce protozoaire a été confirmée chez 8 individus de 6 espèces. Ces résultats élargissent le nombre d’espèces hôtes susceptibles d’être infectées par cet agent pathogène et augmentent son aire de distribution connue. Les résultats d’études sérologiques antérieures sur diverses espèces de mammifères marins pourraient avoir été biaisés par des infections dues à de nouvelles espèces de Neospora (types A, B et C), ainsi que par des déterminants antigéniques (épitopes) communs avec S. neurona et T. gondii.

L’histopathologie (évaluation microscopique) des tissus provenant des animaux testés positifs n’a révélé aucune lésion associée à la présence de ce parasite. La contribution de N. caninum à la maladie clinique ou à la mort de ces animaux reste donc inconnue. Toutefois, chez les bovins laitiers, l’infection peut entraîner des épidémies d’avortement et de mortalités néonatales. L’identification de N. caninum chez un jeune phoque commun, un jeune éléphant de mer du Nord récemment sevré et une otarie de Steller gravide suggère une exposition in utero, pouvant contribuer à des problèmes reproductifs ou périnataux.

Grâce aux progrès des techniques moléculaires et à l’identification de ces nouvelles infections chez les mammifères marins, notre arsenal pour détecter et confirmer l’exposition à de nouveaux agents pathogènes continue de s’élargir, ce qui pourra contribuer à la conservation et gestion de ces espèces.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *