Depuis décembre 2024 un total de 159 cas de rage du raton laveur a été confirmé au Québec. La réémergence de cette maladie qui a débuté en Estrie progresse maintenant vers la couronne sud de Montréal. Aucun humain ni animal domestique n’a été infecté jusqu’à présent. La vigilance de chacun reste essentielle.

Une maladie de retour après des années d’absence sur le territoire québécois

Jusqu’à tout récemment, la rage du raton laveur semblait appartenir au passé au Québec; le dernier cas ayant été détecté en 2015. Puis, en décembre 2024, le virus a refait surface, et depuis, la situation n’a cessé d’évoluer. Ce retour n’est pas une surprise totale, car, depuis 2022, des cas se multipliaient chez nos voisins du Vermont. Les autorités québécoises avaient d’ailleurs intensifié leurs opérations de vaccination préventive des animaux sauvages. Mais, malgré ces efforts, le virus a franchi la frontière, s’introduisant d’abord dans le secteur de Saint-Armand à l’est du lac Champlain.

Un bilan qui s’alourdit de semaine en semaine

Figure 1. Carte indiquant la localisation des spécimens testés pour la rage depuis le 1er janvier 2026. Les cas positifs (animaux infectés par la rage) sont représentés par des croix rouges. Source MELCCFP.

Les chiffres sont éloquents. Depuis décembre 2024 et jusqu’au début juin 2026, 159 cas de rage du raton laveur ont été confirmés chez des animaux sauvages au Québec. En 2025, on a recensé 93 cas, dont 84 en Estrie. Depuis janvier 2026, la Montérégie est devenue l’épicentre, avec 71 nouveaux cas. Le foyer principal, apparu à Saint-Armand en décembre 2024, a progressé vers le nord avec des cas confirmés jusque dans les régions de Bromont et de Mont-Saint-Hilaire. Quelques cas isolés ont aussi été documentés à l’ouest de la rivière Richelieu (Saint-Jean-sur-Richelieu) ainsi que dans la région de Saint-Hyacinthe (Saint-Barnabé-Sud). Un second foyer, de moindre envergure, s’est développé dans le secteur de Stanstead, au sud de Sherbrooke, depuis août 2025.

Qu’est-ce que la rage du raton laveur ?

La rage est une maladie virale qui peut potentiellement s’attaquer au système nerveux central des mammifères. Au Québec, on distingue le variant du raton laveur, le variant de la chauve-souris, et, dans le Nord-du-Québec, le variant du renard. Bien que toutes les espèces de mammifères (incluant l’Homme) soient potentiellement susceptibles au variant du raton laveur, ce virus se maintient essentiellement chez les ratons laveurs et les moufettes rayées. La transmission se fait par morsure ou par contact d’une plaie ouverte avec la salive d’un animal infecté. Une fois les signes cliniques apparus, la rage est mortelle dans pratiquement tous les cas. C’est pourquoi toute exposition potentielle doit être prise au sérieux et traitée sans délai. On doit suspecter la rage chez un animal désorienté, qui n’a pas peur des humains, qui démontre une agressivité inhabituelle ou, au contraire, de la prostration, ou une paralysie progressive. Un raton laveur ou une moufette actifs en plein jour dans une zone urbaine, ou un animal qui ne s’enfuit pas doivent éveiller la méfiance.

Les mesures gouvernementales en place

Le gouvernement du Québec, par l’entremise du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP), a mis en place plusieurs interventions d’envergure. En premier lieu, plus de 206 000 appâts vaccinaux ont été distribués sur près de 2 500 km² dans 55 municipalités. Des largages par avion complètent les épandages au sol. Un programme de capture-vaccination-relâche est aussi en cours dans 32 municipalités de la Montérégie. Au cours de ce programme, des ratons laveurs et des moufettes sont capturés, vaccinés à la main contre la rage et retournés en milieu naturel. De plus, 160 municipalités de l’Estrie et de la Montérégie sont visées par une interdiction de transporter des ratons laveurs, moufettes, renards et coyotes vivants. Cette mesure vise à prévenir que des citoyens bien intentionnés propagent involontairement le virus.

Implication du RCSF – Québec dans le programme de surveillance de la rage

Figure 2. Test d’immunoperoxydase rapide directe sur une impression de cerveau d’un raton laveur infecté par le virus de la rage. La coloration rouille indique la présence du virus de la rage en grande quantité dans le tissu cérébral.

Afin de bien élaborer les mesures préventives et de contrôle, il est essentiel de faire une surveillance de cette condition virale chez les animaux sauvages. Par son expertise en diagnostic, le centre régional du RCSF pour le Québec participe activement aux efforts de surveillance et de contrôle de la rage du raton laveur. Les ratons laveurs, moufettes rayées, renards et coyotes trouvés morts, ou malades à l’intérieur de la zone de surveillance rehaussée (Fig. 1) sont récoltés par les équipes du MELCCFP et soumis pour analyse au RCSF – Québec, où un test de détection de rage par d’immunoperoxydase rapide est effectué sur chaque spécimen (Fig. 2). Depuis 2010, nous avons réalisé environ 17 000 tests (incluant environ 3 000 depuis le début de 2025).

Ce que vous devez faire

Dans le cas d’une morsure ou d’une griffure par un animal, lavez abondamment la plaie à l’eau et au savon pendant au moins 10 minutes et composez le 811 (Info-Santé – pour le Québec) pour une évaluation médicale. Les traitements préventifs post-exposition sont très efficaces s’ils sont administrés rapidement. Ne tardez pas, même si la blessure semble bénigne. Vous pouvez aussi signaler un animal suspect en composant le 1 877 346-6763 (pour le Québec). Afin de protéger vos animaux de compagnie, assurez-vous que la vaccination antirabique de votre chien ou de votre chat est à jour et évitez de laisser votre animal errer sans surveillance. Utilisez des poubelles à couvercles verrouillables. Ne laissez pas de nourriture pour animaux à l’extérieur. Retirez les mangeoires pour oiseaux ou utilisez des modèles résistants aux ratons laveurs. Bloquez les accès sous les galeries et autres abris. Ne déplacez jamais un animal sauvage capturé. Appelez toujours les autorités compétentes.

Un défi de santé publique

La rage du raton laveur semble donc bien installée au sud du Québec, ce qui représente un défi à la fois pour la santé animale et la santé publique. Les opérations de contrôle et de vaccination devront se poursuivre dans les prochaines années si l’on souhaite éradiquer cette condition du territoire québécois. L’histoire nous enseigne que c’est possible : au début des années 2000, une vaste campagne de vaccination avait permis d’éradiquer la rage du raton laveur du Québec après une première vague épidémique.

Stéphane Lair, CWHC-QUÉBEC / CQSAS

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