Le Centre régional Ouest/Nord du RCSF fait partie du Department of Veterinary Pathology, Western College of Veterinary Medicine à Saskatoon. En plus de nos responsabilités diagnostiques en matière de faune sauvage, nous participons également à l’enseignement de la santé des poissons et de la faune à des étudiants de premier et deuxième cycle. Ce printemps et cet été, nous proposons trois stages en santé de la faune d’une durée de deux semaines chacun à des étudiants en quatrième année de DVM. Au cours de ces stages, les étudiants procèdent à des autopsies sur des spécimens de faune soumis à notre laboratoire, rédigent des rapports sur leurs résultats, se familiarisent avec les examens histopathologiques et les tests diagnostiques, puis interprètent leurs observations en lien avec les enjeux plus larges de la faune et de la Santé unique. On demande également aux étudiants de rédiger un article de blogue sur un sujet pertinent à la santé de la faune, fondé sur les cas observés durant le stage. Vous trouverez ci-dessous un article rédigé par l’une des étudiantes ayant suivi ce cours au début du mois de mai ; Brooke Schley y traite de l’électrocution des oiseaux de proie. Depuis 2024, environ 10 % des rapaces soumis au Centre régional Ouest/Nord sont morts des suites d’une électrocution.
L’électrocution des oiseaux de proie sur les lignes électriques
Par Brooke Schley

L’électrocution sur les lignes électriques constitue une cause importante de mortalité aviaire, avec environ 0,9 à 11,6 millions d’oiseaux tués chaque année aux États-Unis. Plusieurs facteurs de risque, notamment la taille corporelle, l’habitat, le jeune âge, les conditions météorologiques et la configuration des lignes électriques, peuvent prédisposer les oiseaux à l’électrocution. Les oiseaux les plus fréquemment électrocutés sont les aigles, les buses du genre Buteo et les strigiformes (chouettes et hiboux) de grande taille, l’Aigle royal étant l’espèce la plus touchée.
Les grandes espèces de rapaces sont davantage exposées au risque d’électrocution en raison de la grande envergure de leurs ailles, ainsi que de leur tendance à utiliser les poteaux électriques comme perchoirs pour se reposer, chasser et nicher. L’électrocution représente un problème particulier pour les rapaces vivant dans des zones sans arbres et dans des habitats ouverts, en raison de ces comportements de perchage. De plus, les jeunes rapaces immatures sont plus susceptibles d’être électrocutés, vraisemblablement en raison de leur inexpérience et de leur maladresse lors du décollage ou de l’atterrissage. Les conditions météorologiques peuvent également accroître le risque d’électrocution en mouillant les plumes, en réduisant la visibilité et en faisant perdre l’équilibre aux oiseaux par grand vent. En temps normal, les plumes sont de mauvais conducteurs d’électricité, mais, si elles se mouillent ou si l’oiseau entre en contact avec l’électricité par la peau, le bec ou les serres, la conduction et l’électrocution peuvent se produire. La configuration des lignes électriques joue également un rôle : par exemple, les oiseaux sont plus fréquemment électrocutés sur des lignes de distribution à tension moyenne (de 2,4 à 60 kilovolts), les conducteurs y étant placés plus près les uns des autres que sur les lignes de transport à haute tension. De même, les configurations de câblage complexes peuvent augmenter le risque d’électrocution des rapaces en raison de la présence de nombreuses pièces métalliques sous tension et mises à la terre à proximité des sites de perchage et de nidification privilégiés par ces oiseaux.

Les rapaces sont électrocutés lorsqu’ils entrent simultanément en contact avec deux composants électriques sous tension, ou avec une source d’électricité et un objet relié à la terre. Sur une ligne électrique, cela peut signifier toucher deux fils en même temps, effleurer un fil actif et un poteau électrique non isolé, ou encore entrer en contact avec un équipement électrique tel qu’un transformateur. Ce faisant, l’oiseau complète un circuit électrique qui laisse passer un courant à travers son corps, causant des dommages le long du chemin de moindre résistance. Ce courant électrique, ou choc, provoque de graves blessures et est généralement fatal. Bien que le mécanisme de mort ne soit pas encore entièrement compris, il résulte très probablement du passage du courant directement à travers le cœur ou à travers les centres cardiaques et/ou respiratoires du cerveau. Les oiseaux meurent généralement immédiatement après l’électrocution et sont le plus souvent retrouvés morts sous les lignes électriques ou à proximité. Certains oiseaux peuvent toutefois survivre à la blessure initiale, ou mourir ultérieurement des suites de complications, comme des infections secondaires.
Lésions macroscopiques
La lésion macroscopique caractéristique de l’électrocution est la brûlure. Ces brûlures peuvent présenter une grande variété d’aspects, allant de légères altérations des plumes à l’amputation complète de membres. Dans certains cas, les brûlures visibles peuvent être très difficiles à repérer ou peuvent être dissimulées sous des plumes qui se chevauchent. Le plus souvent, les brûlures sont localisées aux endroits où l’oiseau a été en contact avec la source électrique ; cependant, les plumes peuvent s’enflammer, entraînant la carbonisation de la majeure partie du corps de l’oiseau. De petites brûlures rapprochées peuvent également indiquer une blessure par arc électrique, causée par un éclair qui “saute” des lignes à haute tension vers le corps de l’oiseau. Les brûlures donnent aux plumes un aspect recroquevillé ou tordu et peuvent les teinter en brun ou en noir. Des cloques peuvent également se former sur la peau, notamment sur les écailles des pieds et des pattes. Dans certains cas, les brûlures peuvent être si graves qu’elles s’étendent à travers la peau, cautérisant les muscles et les tendons, liquéfiant le tissu adipeux et même provoquant des fractures osseuses. Les fractures osseuses liées à l’électrocution peuvent également entraîner l’amputation traumatique des ailes, des pattes ou des doigts de l’oiseau.
Diagnostic
Le diagnostic d’électrocution est le plus souvent établi par les pathologistes en confirmant la présence de brûlures et en écartant d’autres causes de mort. La présence de deux plaies de brûlure ou plus, indiquant les points d’entrée et de sortie du courant électrique, est un élément clé pour étayer le diagnostic. L’électrocution peut également entraîner des hémorragies sous-cutanées et des hémorragies des organes internes en raison des lésions cardiovasculaires, ce qui peut aider davantage les pathologistes à poser leur diagnostic. Les antécédents et l’endroit où l’oiseau a été retrouvé, par exemple à proximité d’une ligne électrique, sont également utiles pour confirmer le diagnostic d’électrocution.

Prévention
L’électrocution des rapaces peut être réduite de plusieurs façons, notamment en gérant les sites de perchage courants et en adoptant des configurations de poteaux électriques et de lignes électriques plus sûres. Les fils peuvent être reconfigurés pour être espacés les uns des autres et des pièces métalliques mises à la terre, à des distances adéquates pour que les rapaces ne puissent pas les toucher simultanément. L’isolation ou la reconfiguration du câblage existant présentant des risques peut également contribuer à réduire le risque d’électrocution des rapaces. Une autre approche, à la fois efficace et économique, consiste à modifier certains poteaux sélectionnés et à fournir d’autres sites de nidification et de perchage. Les perchoirs dangereux peuvent également être bloqués, et ces poteaux peuvent être identifiés à partir d’observations sur le terrain concernant la fréquentation par les oiseaux et la mortalité. Les compagnies d’électricité ont également intérêt à adopter des configurations de lignes plus sécuritaires, car cela peut aider à réduire les coupures de courant coûteuses et à améliorer leur image publique. Les futures installations électriques peuvent également être planifiées et conçues de manière à diminuer les risques d’électrocution des rapaces, réduisant ainsi le risque de futures mortalités aviaires.
Références
- Hawk Migration Association. (2024). HMA statement on raptor electrocution. https://www.hawkmigration.org/raptor-electrocution-position-statement/
- Kagan, R. A. (2016). Electrocution of raptors on power lines: A review of necropsy methods and findings. Veterinary Pathology, 53(5), 1030–1036. https://doi.org/10.1177/0300985816646431
- Lehman, R. N., Kennedy, P. L., & Savidge, J. A. (2007). The state of the art in raptor electrocution research: A global review. Biological Conservation, 136(2), 159–174. https://doi.org/10.1016/j.biocon.2006.09.015
- Friend, M., & Franson, J. C. (1999). Field manual of wildlife diseases: General field procedures and diseases of birds (Information and Technology Report 1999–0001). https://pubs.usgs.gov/itr/1999/field_manual_of_wildlife_diseases.pdf
- Wiley. (2018). Mitigation techniques fall short of preventing electrocution of golden eagles on power poles. Phys.org. https://phys.org/news/2018-01-mitigation-techniques-fall-short-electrocution.html

