Chaque automne en Ontario, des milliers de chasseurs se rendent en forêt à la recherche de cerfs de Virginie. Pour plusieurs, la chasse est à la fois un moyen de se procurer de la viande et de se rapprocher de la nature, mais elle représente aussi une occasion de contribuer à la surveillance de la santé de la faune. Au début du mois de novembre dernier, un chasseur a abattu un cerf présentant des signes cliniques inhabituels près de Fort Érié, en Ontario. Des lésions aux sabots et des abcès près des glandes tarsiennes ont suscité des inquiétudes, ce qui a incité le chasseur à communiquer avec le Réseau canadien pour la santé de la faune (RCSF). Les analyses post-mortem ont confirmé que le cerf était positif pour la maladie hémorragique épizootique (MHE), plus communément appelée EHD. Bien qu’elle ne représente pas un risque pour la santé humaine, la MHE peut avoir de graves répercussions sur les populations de cerfs. Les bovins et les moutons domestiques peuvent également être touchés par cette maladie, mais cela demeure moins fréquent³.

La MHE est causée par un virus transmis par des moucherons piqueurs (brûlots) et affecte principalement les ruminants sauvages. À la fin de l’été et au début de l’automne, les conditions chaudes et humides créent un environnement idéal pour la reproduction des moucherons augmentant ainsi la taille de la population favorisant la transmission de ce virus entre les cerfs. Les éclosions surviennent généralement au cours des années avec un printemps humide suivi d’un été et d’un automne chauds et secs. Les signes cliniques typiques de la MHE comprennent la léthargie, la fièvre, la détresse respiratoire, la salivation ainsi que l’enflure de la tête, du cou et de la langue. Les cerfs infectés par la MHE meurent souvent à proximité de plans d’eau. Ceux qui survivent à l’infection aiguë présentent fréquemment des signes cliniques chroniques tels que la boiterie, une mauvaise condition corporelle et des déformations des sabots, comme ce fut le cas pour le cerf de Fort Érié récemment testé³. Bien que cette maladie soit plus courante dans le sud des États-Unis, les changements climatiques semblent élargir l’aire de répartition des moucherons piqueurs vers le nord⁵. Comme les cerfs du sud sont exposés au virus depuis plus longtemps, leurs populations ont développé des niveaux d’immunité plus élevés que celles de leurs homologues du nord⁶. Par conséquent, les éclosions touchant les populations de cerfs au Canada et dans le nord des États-Unis entraînent plus souvent des épisodes de mortalité importante.

Il est toutefois important de souligner que la MHE n’est pas la seule maladie qui affecte le cerf de Virginie. Plusieurs autres maladies présentent des signes cliniques similaires, ce qui rend l’identification sur le terrain difficile. Par exemple, la fièvre catarrhale ovine (bluetongue) est une maladie étroitement liée à la MHE. Elle est transmise par le même type de moucherons, survient à la même période de l’année et se manifeste par des signes cliniques presque identiques chez les cerfs. Toutefois, contrairement à la MHE, la fièvre catarrhale touche généralement plus sévèrement le bétail domestique que les cerfs sauvages¹.

Lésions aux sabots observées chez un cerf de Virginie positif à la MHE provenant de Fort Érié, analysé en novembre 2025. Photos fournies avec l’aimable autorisation de Shane et Linda Warner.

Une autre maladie d’importance majeure pour les cerfs est la maladie débilitante chronique (MDC). La MDC n’a pas été détectée chez les cerfs sauvages en Ontario, et le ministère des Richesses naturelles de l’Ontario (MRN) poursuit une surveillance active de cette maladie. La MDC est causée par une protéine mal repliée qui se propage entre les animaux par les fluides corporels et les environnements contaminés. Les signes cliniques évoluent lentement et comprennent la perte de poids, l’hypersalivation, les oreilles tombantes, le manque de coordination et des comportements anormaux. Contrairement à la MHE et à la fièvre catarrhale ovine, la MDC ne provoque pas de lésions aux sabots ni d’enflure de la tête et de la langue². La MDC a entraîné d’importants déclins des populations de cerfs dans les régions où elle s’est établie⁴.

Alors, comment pouvez-vous aider? Si vous trouvez un cerf malade ou mort, veuillez communiquer avec le RCSF. En Ontario et au Nunavut, vous pouvez faire un signalement en ligne en cliquant ici ou en nous appelant au 1-866-673-4781. Les chasseurs qui observent des signes cliniques inhabituels chez des cerfs récoltés sont également encouragés à les signaler. Même si votre cerf semble en bonne santé, vous pouvez contribuer à la surveillance de la MDC si vous chassez dans une zone prioritaire de surveillance. Pour faire analyser votre cerf récolté pour la MDC, veuillez suivre les directives fournies ici par le MRN. Étant donné que les cerfs atteints de la MDC peuvent paraître en bonne santé pendant une grande partie de la période infectieuse, l’échantillonnage d’animaux apparemment sains est essentiel pour une détection précoce. En fin de compte, de nombreuses maladies qui affectent les cerfs présentent des signes cliniques similaires; seules des analyses diagnostiques permettent d’en identifier la cause avec certitude. Les signalements du public et la participation des chasseurs jouent un rôle clé dans la surveillance des maladies de la faune et contribuent à maintenir la population de cerfs de l’Ontario en bonne santé et résiliente.

Rédigé par Dan Bayley

 

Références

  1. Barua, S., Rana, E. A., Prodhan, M. A., Akter, S. H., Gogoi-Tiwari, J., Sarker, S., Annandale, H., Eagles, D., Abraham, S., & Uddin, J. M. (2025). The Global Burden of Emerging and Re-Emerging Orbiviruses in Livestock: An Emphasis on Bluetongue Virus and Epizootic Hemorrhagic Disease Virus. In Viruses (Vol. 17, Issue 1). Multidisciplinary Digital Publishing Institute (MDPI). https://doi.org/10.3390/v17010020
  2. (2024). Chronic Wasting Disease in Animals. https://www.cdc.gov/chronic-wasting/animals/index.html
  3. Cornell Wildlife Health Lab. (2025). Hemorrhagic Disease of Deer. https://cwhl.vet.cornell.edu/disease/hemorrhagic-disease-deer
  4. Edmunds, D. R., Kauffman, M. J., Schumaker, B. A., Lindzey, F. G., Cook, W. E., Kreeger, T. J., Grogan, R. G., & Cornish, T. E. (2016). Chronic wasting disease drives population decline of white-tailed deer. PLoS ONE, 11(8). https://doi.org/10.1371/journal.pone.0161127
  5. Jiménez-Cabello, L., Utrilla-Trigo, S., Lorenzo, G., Ortego, J., & Calvo-Pinilla, E. (2023). Epizootic Hemorrhagic Disease Virus: Current Knowledge and Emerging Perspectives. In Microorganisms (Vol. 11, Issue 5). MDPI. https://doi.org/10.3390/microorganisms11051339
  6. Kring, E. K., Stallknecht, D. E., D’Angelo, G. J., Kohl, M. T., Bahnson, C., Cleveland, C. A., Salvador, L. C. M., & Ruder, M. G. (2024). Patterns of Hemorrhagic Disease in White-Tailed Deer (Odocoileus virginianus) in the Great Plains of the USA, 1982-2020. Journal of Wildlife Diseases, 60(3), 670–682. https://doi.org/10.7589/JWD-D-23-00021

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